Jusqu’à deux ans pour réorganiser le remboursement
- Durée maximale : le juge peut reporter ou échelonner les paiements dans la limite de 2 ans.
- Aucune automaticité : la suspension doit être acceptée par le prêteur ou ordonnée par le juge.
- Demande prioritaire : négociez d’abord avec l’organisme de crédit et conservez toutes les preuves de vos échanges.
- Effets protecteurs : les pénalités de retard ne sont pas dues pendant le délai fixé par le juge.
- Difficultés durables : un dossier de surendettement auprès de la Banque de France peut être plus adapté.

Le délai de grâce concerne quelles situations
Le délai de grâce est une mesure temporaire destinée à un emprunteur qui rencontre une difficulté réelle, mais dont la situation peut encore être redressée. Le juge tient compte de la situation du débiteur et des intérêts du créancier, conformément à l’article 1343-5 du Code civil et à l’article L. 314-20 du Code de la consommation.
Une perte d’emploi, une baisse brutale de revenus, un arrêt de travail prolongé, une séparation, un décès dans le foyer ou une charge familiale exceptionnelle peuvent justifier une demande. Depuis 2026, l’obtention de l’allocation journalière de présence parentale figure également parmi les situations expressément prises en compte par le texte.
Je conseille de distinguer une difficulté passagère d’une impossibilité durable. Le délai de grâce est pertinent lorsque quelques mois de respiration peuvent permettre de reprendre les paiements. Il ne règle pas, à lui seul, un budget structurellement déficitaire ou l’accumulation de plusieurs dettes impayées.
Quels crédits sont concernés
La mesure peut concerner un prêt personnel, un crédit affecté, un crédit renouvelable ou une autre opération relevant du crédit à la consommation. Elle ne supprime pas la dette et ne transforme pas le contrat en crédit gratuit. Elle agit sur le calendrier et les conditions de paiement.
Le juge peut décider une suspension totale ou partielle des échéances, un report ou un échelonnement des sommes dues. Il peut aussi prévoir la manière dont les mensualités reportées seront réglées après la période de suspension.
Commencer par une solution amiable avec le prêteur
Avant de saisir le tribunal, contactez rapidement l’organisme de crédit. Certains contrats prévoient un report d’échéance, une modulation des mensualités ou une pause temporaire. Ces options sont parfois gratuites, mais elles peuvent aussi entraîner des frais, une augmentation du coût total ou un allongement de la durée du prêt.
Je recommande une demande écrite, idéalement envoyée en lettre recommandée avec avis de réception. Elle doit expliquer la cause de la difficulté, préciser sa durée prévisible et présenter une proposition réaliste. Demander trois mois de report avec un plan précis est plus convaincant que solliciter une suspension indéterminée.
- indiquez le numéro du contrat et le montant de la mensualité ;
- expliquez l’événement qui a réduit vos ressources ;
- joignez les justificatifs disponibles, comme une attestation de licenciement ou un arrêt de travail ;
- proposez une date de reprise des paiements ;
- demandez le coût exact de l’aménagement et le nouveau calendrier d’amortissement.
Un accord téléphonique non confirmé reste fragile. Conservez les courriels, courriers, relevés et réponses du prêteur. Si un prélèvement doit être modifié, vérifiez aussi les conséquences auprès de votre banque, car bloquer un prélèvement sans accord écrit ne constitue pas un délai de grâce.
| Solution | Décision | Coût possible | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Report prévu au contrat | Prêteur, selon les conditions contractuelles | Frais ou intérêts supplémentaires possibles | Durée et nombre de reports limités |
| Réaménagement amiable | Accord avec l’organisme de crédit | Variable selon l’avenant | Le prêteur peut refuser |
| Délai judiciaire | Juge des contentieux de la protection | Timbre fiscal de 50 €, sauf aide juridictionnelle | Maximum de 2 ans et décision non garantie |
| Surendettement | Commission de la Banque de France | Pas de frais de dépôt | Procédure adaptée aux difficultés durables |
Demander au juge une suspension des mensualités
Si le prêteur refuse ou ne répond pas, vous pouvez saisir le juge des contentieux de la protection. Cette juridiction est compétente pour les litiges liés aux crédits à la consommation, quel que soit le montant du crédit. L’avocat n’est pas obligatoire, même si une aide juridique peut être utile lorsque le dossier est complexe ou qu’une procédure de recouvrement est déjà engagée.
Les pièces à réunir
Le juge doit pouvoir comprendre rapidement votre budget et la cause de l’impayé. Un dossier incomplet affaiblit la demande, même lorsque la difficulté est sincère. Je conseille de préparer un tableau simple avec vos revenus, vos charges fixes, vos crédits et le montant que vous pourrez réellement payer après la suspension.
- copie du contrat de crédit et du tableau d’amortissement ;
- relevés des mensualités déjà payées et des éventuels impayés ;
- bulletins de salaire, justificatifs d’allocations ou attestations de baisse de revenus ;
- documents prouvant la difficulté, comme une lettre de licenciement ou un certificat d’arrêt de travail ;
- liste des charges courantes et des autres dettes ;
- copies des courriers du prêteur, de l’agence de recouvrement ou du commissaire de justice ;
- preuve de la tentative de négociation amiable.
La demande doit préciser ce que vous sollicitez concrètement. Par exemple, vous pouvez demander une suspension de six mois, l’absence d’intérêts pendant cette période et un étalement des échéances reportées sur la durée restante du prêt. Une demande chiffrée et proportionnée est généralement plus lisible qu’une demande générale de suppression de la dette.
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Quelle procédure et quel coût
La saisine peut se faire par requête ou par assignation selon le montant et la situation. Pour une demande ne dépassant pas 5 000 €, la requête est possible, mais une tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative est en principe exigée. Le tribunal compétent dépend notamment du domicile du débiteur et des règles territoriales applicables au contrat.
La saisine nécessite actuellement un timbre fiscal de 50 €, sauf si vous bénéficiez de l’aide juridictionnelle. Des frais supplémentaires peuvent s’ajouter en cas d’avocat ou d’intervention d’un commissaire de justice, notamment si une assignation est nécessaire.La demande au tribunal ne suspend pas automatiquement les prélèvements ni les poursuites. Tant que le juge n’a pas rendu sa décision, les échéances restent dues et le prêteur peut poursuivre les démarches prévues par la loi. Cette précision est souvent mal comprise et peut avoir des conséquences sérieuses.
Ce que la décision change pour la dette et le recouvrement
Le délai accordé peut aller jusqu’à deux années, mais le juge n’accorde pas systématiquement la durée maximale. Il peut retenir une période plus courte, réduire les mensualités ou organiser un paiement progressif des sommes reportées.
Pendant le délai fixé par la décision, les majorations et pénalités liées au retard ne sont pas dues. Le juge peut également décider que les sommes reportées ne produiront pas d’intérêts. Cette absence d’intérêts n’est toutefois pas automatique, il faut la demander clairement et l’intégrer dans les conclusions.
À la fin de la période, les échéances suspendues devront être réglées selon les modalités prévues par le juge. Le dernier paiement ne peut pas dépasser de plus de deux ans le terme initial du prêt. Le délai de grâce est donc un répit organisé, pas un effacement.
La décision suspend les procédures d’exécution engagées par le créancier pendant la période concernée. Si vous recevez une mise en demeure, une injonction de payer ou un acte de commissaire de justice, transmettez immédiatement ces documents au tribunal et à la personne qui vous accompagne. Ne laissez pas passer un délai de contestation en pensant que la simple demande de grâce vous protège déjà.Quand le délai de grâce ne suffit plus
Si vous ne pourrez pas reprendre les paiements après quelques mois, le dossier de surendettement est souvent plus adapté. Cette procédure s’adresse aux personnes qui ne peuvent plus faire face à l’ensemble de leurs dettes personnelles, et pas seulement à une mensualité isolée.
La Commission de surendettement de la Banque de France peut proposer ou imposer des mesures comme un rééchelonnement, une réduction des mensualités, une suspension temporaire ou, dans certains cas, un effacement partiel. Le dépôt d’un dossier ne doit pas être vécu comme un échec. Il sert précisément à éviter que les dettes et les frais de recouvrement ne s’accumulent sans solution.
Je déconseille de reprendre un nouveau crédit renouvelable pour payer une ancienne mensualité. Cette technique donne parfois l’impression de gagner du temps, mais elle augmente souvent le coût total et repousse le problème. Un accompagnement budgétaire gratuit, un Point Conseil Budget ou une association spécialisée peut aider à établir un état précis avant de choisir entre négociation, délai judiciaire et surendettement.
La bonne décision dépend surtout de la durée de votre difficulté
Une difficulté temporaire appelle une demande rapide, documentée et limitée dans le temps. Commencez par écrire au prêteur, puis préparez une saisine du juge si aucun accord sérieux n’est proposé. N’attendez pas plusieurs impayés avant d’agir, car le recouvrement devient alors plus difficile à maîtriser.
Si vos revenus ne permettent déjà plus de payer plusieurs dettes essentielles, le délai de grâce risque de ne faire que repousser l’échéance. Dans ce cas, le surendettement ou un accompagnement budgétaire offre un cadre plus complet pour retrouver une situation stable.
Le point le plus important reste de demander une mesure que votre budget pourra réellement supporter après la période de suspension. Un délai court, justifié et associé à un plan de reprise crédible a davantage de sens qu’un report maximal qui laisserait une nouvelle dette impossible à rembourser.