Recevoir un commandement de payer ou une décision d’expulsion en hiver ne signifie pas que la situation est figée. La trêve hivernale suspend généralement l’expulsion matérielle, mais la dette, les démarches judiciaires et les obligations du bail continuent. Voici les règles utiles pour comprendre vos droits et agir au bon moment, que vous soyez locataire ou bailleur.
Les repères essentiels pour comprendre la protection hivernale
- Du 1er novembre au 31 mars, l’expulsion d’un locataire est en principe reportée.
- La procédure peut continuer pendant cette période et le juge peut rendre sa décision.
- Les loyers impayés ne disparaissent pas et continuent de produire des conséquences.
- Les squatteurs et certaines situations de violence ne bénéficient pas de la même protection.
- Le locataire doit agir rapidement auprès du bailleur, du FSL, de la CAF ou d’un travailleur social.

La période protège de l’expulsion, pas de la procédure
En France, la période de protection s’étend du 1er novembre au 31 mars inclus de l’année suivante. Lorsqu’une mesure d’expulsion n’a pas encore été exécutée et qu’aucune solution de relogement adaptée n’est prévue, son application est normalement suspendue pendant ces cinq mois.
Cette règle ne remet pas en cause le jugement, la résiliation du bail ou la dette locative. Le locataire reste tenu de payer le loyer, les charges et, après la fin du bail, une éventuelle indemnité d’occupation. Dans les dossiers que j’examine, c’est le malentendu le plus coûteux. Beaucoup pensent gagner du temps alors que la dette continue de s’accumuler.
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Ce qui peut continuer pendant cette période
Le bailleur peut délivrer un commandement de payer, saisir le juge des contentieux de la protection et demander la résiliation du bail. Le tribunal peut même prononcer l’expulsion pendant la période hivernale, mais son exécution sera généralement reportée au 1er avril ou à une date ultérieure si les conditions légales ne sont pas réunies.
La trêve ne constitue donc pas un délai supplémentaire accordé automatiquement pour régler la dette. Elle offre surtout une protection temporaire contre la sortie forcée du logement. Le locataire qui utilise ce délai pour reprendre le paiement et négocier un échéancier améliore réellement sa situation.
Les exceptions changent complètement la réponse
La protection n’est pas absolue. Avant de conclure qu’une expulsion est impossible, il faut identifier précisément l’occupant, le logement concerné et l’origine de la décision judiciaire.
| Situation | Effet principal |
|---|---|
| Locataire avec une solution de relogement adaptée | L’expulsion peut être exécutée pendant la période protégée si le relogement respecte les besoins de la famille. |
| Squatteur entré illégalement dans le logement | La trêve ne s’applique pas de la même manière. Une plainte et une demande d’évacuation peuvent être engagées. |
| Violences conjugales ou violences sur un enfant | Une ordonnance de protection peut permettre l’expulsion immédiate de la personne violente. |
| Décision du juge aux affaires familiales dans un divorce | L’expulsion d’un époux peut être ordonnée même pendant la période hivernale. |
| Départements d’outre-mer | Une trêve cyclonique peut exister selon le département et selon des dates particulières. |
La notion de relogement mérite une attention particulière. Il ne suffit pas qu’une adresse soit proposée sur le papier. Le logement doit correspondre à la composition du foyer et à ses besoins essentiels, notamment en nombre de pièces. En cas de logement dangereux ou insalubre, renseignez-vous aussi sur les possibilités de relogement pour insalubrité.
Locataire menacé d’expulsion, agir avant la reprise des expulsions
Le premier réflexe consiste à ne pas laisser dormir les courriers. Un commandement de payer délivré par un commissaire de justice laisse en principe six semaines pour régler la dette ou trouver une solution. Ce délai est précieux, mais il passe vite.
- Vérifiez le montant réclamé et demandez le décompte détaillé des loyers et charges.
- Reprenez le paiement du loyer courant, même si vous ne pouvez pas encore régler toute la dette.
- Proposez un échéancier réaliste au bailleur, avec une mensualité que vous pourrez tenir.
- Contactez le FSL, la CAF ou la MSA, une assistante sociale et l’ADIL de votre département.
- Répondez au diagnostic social et financier et présentez les justificatifs demandés.
- Présentez-vous à l’audience ou faites-vous représenter lorsque cela est possible.
Le juge peut accorder un délai de remboursement et suspendre les effets de la clause résolutoire lorsque le locataire a repris le paiement intégral du loyer courant et dispose d’une capacité de remboursement. Selon la situation, l’échelonnement peut aller jusqu’à trois ans.
Si l’expulsion est prononcée, le commissaire de justice délivre ensuite un commandement de quitter les lieux. Le délai est généralement de deux mois, sauf décision contraire du juge. Le juge de l’exécution peut encore accorder un délai supplémentaire, souvent compris entre un mois et un an, en tenant compte de l’âge, de la santé, de la situation familiale et des démarches engagées.
Attendre la fin de la période hivernale pour commencer ces démarches est une mauvaise stratégie. Le bailleur peut préparer son dossier pendant l’hiver, et l’expulsion peut reprendre rapidement lorsque toutes les étapes ont déjà été accomplies.
Le bailleur doit sécuriser sa procédure et ses revenus
Un propriétaire ne peut pas changer la serrure, couper l’électricité, retirer les meubles ou faire sortir lui-même l’occupant. Même en présence d’impayés importants, seule une procédure encadrée avec un commissaire de justice et, si nécessaire, le concours de la force publique permet d’exécuter une expulsion.
La démarche commence généralement par un commandement de payer. Si la dette n’est pas réglée dans le délai légal de six semaines, le bailleur peut saisir le juge. Il doit conserver le bail, les quittances, le décompte précis, les échanges avec le locataire et les preuves des démarches amiables.
Le bailleur a intérêt à traiter rapidement les aides et garanties mobilisables. Le FSL, l’assurance loyers impayés, la caution ou le versement direct d’une aide au logement peuvent parfois réduire la dette et éviter une procédure longue. La CCAPEX, qui coordonne la prévention des expulsions dans le département, peut également être informée lorsque l’impayé atteint certains seuils.
La période hivernale ne bloque pas non plus un projet patrimonial. Un propriétaire peut envisager la vente d’un appartement loué, mais la vente ne supprime pas automatiquement le bail ni les droits du locataire. Le futur acquéreur doit intégrer la situation locative, la dette éventuelle et la procédure en cours avant de s’engager.
Après le 31 mars, la reprise n’est pas automatique
À partir du 1er avril, une expulsion peut redevenir possible si le jugement, le commandement de quitter les lieux et les autres formalités sont valables. Cela ne signifie pas que le locataire sera nécessairement expulsé ce jour-là. Le commissaire de justice doit encore organiser l’intervention et peut demander le concours de la force publique lorsque l’occupant refuse de partir.
Une expulsion matérielle doit être réalisée dans les conditions prévues par la loi, notamment un jour ouvrable entre 6 heures et 21 heures. Le bailleur ne peut pas accélérer lui-même l’intervention en exerçant une pression ou en pénétrant dans le logement sans autorisation.
Pour le locataire, le meilleur levier reste la preuve d’une démarche concrète. Un paiement repris, un dossier FSL déposé, un recours DALO éventuel, une demande de logement social ou un échéancier respecté pèsent davantage qu’une simple promesse orale.
La date du 1er avril ne doit jamais être le premier jour d’action
La protection hivernale doit être utilisée comme un temps de régularisation, pas comme une parenthèse sans conséquence. Le locataire gagne à établir rapidement sa dette, préserver le paiement courant et demander un accompagnement social ou juridique. Le bailleur, lui, doit rester ferme sur les sommes dues tout en privilégiant un accord écrit et vérifiable lorsqu’un remboursement paraît possible.
Ce qui fait réellement la différence, ce n’est pas seulement la date du calendrier. C’est la qualité des documents, la rapidité des démarches et la capacité de chaque partie à proposer une solution tenable avant que la procédure ne devienne irréversible.