Vendre un appartement loué est parfaitement possible, mais le choix entre une vente occupée et une vente libre change tout, du prix attendu aux démarches à respecter. Je détaille ici les règles applicables au bail vide comme au meublé, les droits du locataire, les visites, les documents à préparer et les points qui doivent être réglés chez le notaire.
La décision dépend surtout du bail et du calendrier de vente
- Vente occupée : le locataire reste en place et le bail continue avec l’acquéreur.
- Logement vide : le congé pour vendre doit être reçu au moins 6 mois avant la fin du bail.
- Location meublée : le délai du congé est de 3 mois, sans droit de préemption ordinaire.
- Locataire en place : les visites doivent respecter sa vie privée et les horaires prévus par la loi.
- Dépôt de garantie : il sera restitué par le nouveau propriétaire au départ du locataire.
Deux stratégies sont possibles pour vendre le logement
Un propriétaire peut mettre son bien sur le marché à tout moment pendant le bail. Il n’a pas besoin d’obtenir l’accord du locataire et la vente ne met pas automatiquement fin à la location. C’est souvent la solution la plus rapide, surtout lorsque le logement produit un loyer régulier.
Dans ce cas, l’acquéreur achète un appartement occupé. Il devient le nouveau bailleur et reprend le contrat existant, avec le même loyer, la même durée restante et les mêmes obligations. Selon Service-Public, le locataire doit recevoir les coordonnées du nouveau propriétaire, mais il n’a pas à signer un nouveau bail uniquement parce que le logement a changé de propriétaire.
La seconde stratégie consiste à vendre le bien libre de toute occupation. Le propriétaire doit alors attendre l’échéance du bail et délivrer un congé pour vendre dans les délais légaux. Cette option peut attirer davantage d’acquéreurs occupants, mais elle impose d’anticiper précisément la date de fin du contrat.
Je conseille de comparer ces deux scénarios avant de fixer le prix. Un investisseur cherchera surtout la rentabilité et la sécurité du bail, tandis qu’un acheteur qui veut y habiter attendra généralement une libération certaine du logement.
Le congé pour vendre ne se prépare pas de la même façon
En location vide
Pour un bail d’habitation non meublé, le congé doit parvenir au locataire au moins six mois avant la fin du bail. Il doit être transmis à chaque titulaire du contrat par lettre recommandée avec accusé de réception, acte de commissaire de justice ou remise en main propre contre récépissé.
Le congé doit préciser le motif, le prix et les conditions de la vente, ainsi qu’une description suffisamment précise du logement et de ses annexes. Il vaut offre de vente au profit du locataire, qui bénéficie en principe d’un droit de préemption.
Le locataire dispose de deux mois pour accepter l’offre. S’il recourt à un prêt immobilier, le délai pour réaliser la vente peut être porté à quatre mois. En cas de refus ou d’absence de réponse, il peut rester dans les lieux jusqu’à la fin du préavis, mais le propriétaire pourra vendre à un tiers.
En location meublée
Pour une location meublée constituant la résidence principale du locataire, le congé pour vendre doit être reçu au moins trois mois avant l’échéance du bail. La vente n’ouvre pas, dans le cadre ordinaire, de droit de préemption au locataire. Le logement peut donc être proposé à un tiers dès que le congé a été régulièrement délivré. Il faut toutefois vérifier la nature exacte du contrat. Un bail mobilité, une location saisonnière ou une situation de vente de l’immeuble entier peuvent obéir à des règles différentes.| Situation | Délai du congé | Priorité d’achat du locataire |
|---|---|---|
| Location vide vendue libre | 6 mois avant la fin du bail | Oui, en principe |
| Location meublée vendue libre | 3 mois avant la fin du bail | Non, en principe |
| Vente occupée | Pas de congé nécessaire | Non, sauf cas particuliers |
Une erreur de date ou de destinataire peut rendre le congé inefficace et entraîner la reconduction du bail. Je préfère toujours faire vérifier le calendrier par un professionnel lorsque la vente dépend d’une libération à une date précise.
La vente occupée protège la continuité du bail
Lorsque l’appartement est vendu avec son locataire, le bail se poursuit aux mêmes conditions. L’acquéreur ne peut pas augmenter librement le loyer, modifier la durée du contrat ou demander un départ immédiat simplement parce qu’il a acheté le bien.
Le compromis et l’acte authentique doivent mentionner l’existence de la location. Le vendeur remet généralement à l’acquéreur le bail, ses avenants, les états des lieux, les justificatifs de paiement et les informations relatives au dépôt de garantie.
Le dépôt de garantie suit la location. Au départ du locataire, c’est en principe le nouveau bailleur qui le restitue, même si le vendeur et l’acquéreur ont prévu entre eux un remboursement lors de la signature. Cette convention interne ne doit pas priver le locataire de son droit.
Si l’acquéreur veut habiter ou revendre libre
L’acheteur doit intégrer le calendrier du bail avant de faire son offre. Pour une location vide, le délai permettant de donner congé pour reprise ou pour vendre peut être repoussé selon la date de fin du bail par rapport à la signature de l’acte authentique.
Autrement dit, acheter un logement occupé ne garantit pas une disponibilité rapide. Je recommande de faire inscrire clairement dans le compromis la date de fin du bail, les conditions d’un éventuel congé et les conséquences d’un retard de libération.
Le statut du locataire peut aussi renforcer sa protection, notamment lorsqu’il est âgé et dispose de ressources modestes. Dans ce type de dossier, un congé qui semble régulier en apparence peut nécessiter une offre de relogement ou être soumis à des restrictions particulières.

Organiser les visites sans transformer la vente en conflit
Le locataire doit permettre les visites lorsque le bail contient une clause prévoyant un droit de visite pour vendre ou relouer le logement. Elles ne peuvent pas dépasser deux heures par jour ouvrable, hors dimanches et jours fériés, et les horaires doivent être convenus avec l’occupant.
Le propriétaire, l’agent immobilier ou l’acquéreur ne peut pas entrer librement dans l’appartement en l’absence du locataire. Une visite annoncée au dernier moment, une série de rendez-vous imposés ou des photographies diffusées sans précaution créent rapidement un litige.
Dans la pratique, je conseille de proposer des créneaux regroupés, par exemple deux après-midis par semaine, et de confirmer chaque rendez-vous par écrit. Le logement reste le domicile du locataire jusqu’à son départ, même lorsqu’il est déjà proposé à la vente.
Une vente occupée peut aussi être présentée comme un avantage. Un appartement correctement entretenu, avec un locataire stable et des loyers payés régulièrement, intéresse les investisseurs. Il faut alors communiquer des informations utiles sans divulguer les données personnelles du locataire au-delà de ce qui est nécessaire.
Préparer un dossier complet avant de publier l’annonce
La vente avance beaucoup plus vite lorsque le dossier est prêt dès le premier contact avec l’agence ou le notaire. Je réunis au minimum les éléments suivants :
- le contrat de bail et ses éventuels avenants ;
- les états des lieux d’entrée et, si nécessaire, les constats de travaux ;
- le montant du loyer, des charges et du dépôt de garantie ;
- les dernières quittances ou un état des paiements ;
- les diagnostics immobiliers en cours de validité ;
- le titre de propriété et les informations relatives à la copropriété ;
- les procès-verbaux d’assemblée générale, les appels de charges et les travaux votés ;
- les éventuelles autorisations de louer ou déclarations exigées par la commune.
Le dossier de copropriété mérite une attention particulière. Des travaux de toiture, de façade ou d’ascenseur déjà votés peuvent modifier fortement l’intérêt économique du bien. Les cacher ou les transmettre tardivement expose surtout à une négociation tendue, alors qu’une information claire sécurise la vente.
Lire aussi : Plafond de revenus pour louer - les règles à connaître
Ne pas négliger la performance énergétique
Le DPE influence à la fois la valeur du logement et son avenir locatif. En France métropolitaine, un logement classé G ne peut plus être loué dans les conditions ordinaires depuis 2025, tandis que les classes F et E seront concernées par les échéances de 2028 et 2034.
Si l’appartement est situé dans une monopropriété et possède une classe énergétique E, F ou G, un audit énergétique réglementaire peut également être exigé pour la vente en 2026. L’obligation ne s’applique pas de la même manière à un lot classique de copropriété, ce qui justifie de vérifier la situation exacte du bien.
Un acquéreur investisseur calculera les travaux, le loyer gelé et la rentabilité future. Un DPE défavorable ne rend pas la vente impossible, mais il doit être intégré au prix et présenté sans ambiguïté.
Le prix doit tenir compte de l’occupation réelle
Le prix d’un appartement vendu occupé ne se déduit pas simplement du prix d’un logement libre. L’acquéreur regarde notamment le montant du loyer, la durée restante du bail, la qualité du locataire, les charges de copropriété, le DPE et la possibilité de récupérer le logement à terme.
Un loyer inférieur au marché peut réduire l’attractivité du bien, surtout si la révision est encadrée ou si le logement se situe dans une zone soumise à l’encadrement des loyers. À l’inverse, un bail clair, un locataire solvable et une gestion régulière peuvent rassurer un investisseur.Je déconseille de promettre à un acheteur une libération qui n’est pas juridiquement acquise. Une annonce doit indiquer clairement si le bien est vendu libre ou occupé, le montant du loyer hors charges, la date de début du bail et sa prochaine échéance.
Les loyers et charges dus jusqu’à la vente doivent être répartis dans l’acte. Le notaire peut prévoir un calcul au prorata de la date de signature, tandis que le dépôt de garantie et les documents locatifs sont transmis à l’acquéreur.
Les vérifications finales évitent les mauvaises surprises
Avant de signer, je vérifie toujours cinq points simples. Le bail est-il encore en cours, quel est son régime, le congé a-t-il été envoyé dans les délais, les travaux de copropriété sont-ils connus et le DPE permet-il de maintenir la stratégie locative envisagée ?
- Vente occupée : informer le locataire des coordonnées du nouveau bailleur et transmettre le dossier locatif.
- Vente libre : contrôler le contenu et la date de réception du congé.
- Visites : obtenir l’accord sur des créneaux raisonnables et respecter le domicile du locataire.
- Notaire : communiquer le bail, le dépôt de garantie, les loyers et les charges à régulariser.
- Acquéreur : lui faire confirmer qu’il a compris les droits attachés au contrat en cours.
La solution la plus sûre n’est pas toujours celle qui promet le prix le plus élevé. Une vente occupée peut être rapide et régulière, alors qu’une vente libre demande davantage d’anticipation mais élargit parfois le nombre d’acheteurs. En pratique, le bon choix repose sur le calendrier du bail, le projet de l’acquéreur et la transparence du dossier.